La complémentarité entre les Sexes: une arnaque en tout Genre

thumbnail.phpDepuis les récents bouleversements qui ont considérablement amélioré le statut des femmes, on entend beaucoup parler de complémentarité entre les deux sexes; entre l’homme et la femme. Quoi de plus magnifique que cette sacro-sainte complémentarité au sein du couple. L’homme et la femme seraient complémentaires à tous les égards. Chacun avec un rôle prédéfini et pré-établi par la société, euh les hommes je voulais dire.

Cette complémentarité rendrait les femmes plus aptes aux taches familiales et domestiques; bref de tout ce qui relève du care ( du prendre soin). Bien sûr, les femmes ont le droit de faire des études et de travailler. Nous sommes au 21ème siècle tout de même, on accepte que les femmes puissent avoir un emploi. Cependant, il ne faut pas que ce boulot viennent interférer avec sa vie familiale. Pas d’heures sup à faire, pas de travail de nuit, pas de déplacement ni de promotion, ou encore moins de travail à ramener à la maison…..bah oui c’est logique car sa priorité première doit être sa famille.

L’homme, en ce qui le concerne, participerait aussi à cette complémentarité. Son rôle serait avant tout financier, protecteur, et autoritaire. L’homme prend en charge la famille, tout en y accordant le moins de temps. Il a droit à une meilleure carrière que son épouse, peut se permettre d’accepter des affectations qui boosteraient sa carrière professionnelle. L’homme prend aussi les décisions (certes il en parle à sa femme, mais c’est lui qui décide très souvent pour la famille). Tous les efforts financiers qu’il fait sont en quelque sorte récompensés par une entière prise en charge affectueuse à son égard.

Ces rôles, une fois respectés et combinés, seraient à la source d’une parfaite harmonie au sein d’un couple. C’est sur ces bases que la famille devrait être construite. Hommes et femmes s’auto-persuadent qu’aucun n’est soumis à travers cette complémentarité, et que les sexes y restent égaux. Il s’agit d’un idéal, et absolument pas de discrimination……..alors elle est où l’arnaque ?

L’illusion d’une harmonie

Penser qu’accorder des rôles prédéfinis en fonction du sexe serait source d’harmonie est tout à fait illusoire. Pourtant, beaucoup d’hommes, qui se targuent de défendre les droits de la femme, font les louanges de cette complémentarité sans se rendre compte de l’influence de leur subconscients machistes. Les femmes aussi nourrissent aisément ce concept en précisant qu’il ne s’agit pas de discrimination, et justifiant qu’elles ne sont pas défavorisées. Pourtant, la complémentarité entre les sexes ne se distingue pas des discriminations faites à l’égard des femmes et même des hommes. Au contraire, elle vient la justifier……là voilà l’arnaque !

Aujourd’hui, ce concept de complémentarité est tout aussi justifié que le furent toutes les discriminations flagrantes à l’égard des femmes; l’interdiction d’avoir accès à certains métiers, à l’éducation, à la parole, au vote, sur le simple fait qu’il s’agit d’une femme et que ses prédispositions naturelles la rendait inapte à ces taches. Au nom de la complémentarité, on établi des rôles prédéfinis qui vont dans le même sens; seul le discours change. On dira moins qu’une femme n’a pas le droit d’embrasser telle ou telle branche de métier par exemple, mais qu’il sera dur de la concilier avec une vie familiale. Mais le résultat sera le même, elle n’embrassera pas cette branche de métier. D’où l’existence de métiers (souvent à mi-temps et sous payés) dans lesquels les femmes sont prédominantes. Même les femmes qui arrivent tout de même à embrasser une forte carrière, devront redoubler d’effort sur le plan familial en fournissant des services à la maison. L’objectif étant de paraître « femme » afin que l’autre puisse se sentir « homme ». Enfermer les hommes et les femmes dans des moules n’est que le prolongement des rôles sociaux qui ont toujours été à la source de discriminations, et les incidences vont bien au delà du couple. La popularité de cette complémentarité influe aussi sur les choix de carrières des jeunes filles et même des jeunes garçons. Les unes et les autres, chercheront à embrasser les métiers réputés plus répondre à leur code génétique, qu’a leur propre potentiel ou désir.

Le divorce, une révélation

Je pense que certains d’entre vous se disent que tant que ces femmes ont fait ce choix, tout va bien. En effet, la recherche d’une harmonie au sein d’un couple est parfaitement compréhensible, elle est même fortement souhaitable. La répartition de rôles est le meilleur moyen d’avoir un travail organisé. Cependant, baser cette complémentarité sur des rôles dits masculins et féminins est assez dérangeant. La complémentarité entre les sexes, c’est comme les théories macroéconomiques. C’est très joli sur le papier, mais dans la réalité ça ne marche que si tout le monde respecte les règles et dans le meilleur des mondes. Après la maitrise de la sexualité, le divorce a été très révélateur de la situation des femmes dans les couples.

Dès les années 70, la généralisation du divorce a mit en exergue les conséquences de la pseudo complémentarité entre les sexes. Le cout du travail domestique effectué par les femmes et le sacrifice fait pour la famille fini par les rattraper. Pendant la vie conjugale, l’homme et la femme n’accumulent pas les même apports socio-économiques. On la bien vu, la femme est plus appelée à prendre des risques professionnels ou à sacrifier sa carrière; des décisions faciles à prendre dans le mariage car on est dans l’illusion de la complémentarité. Ces décisions ne passent pas pour de la discrimination, mais pour un partage égalitaire et/ou complémentaire des ressources (financières pour l’homme, humains pour la femme). Or, lorsque le couple se rompt, le verdict tombe. À ce titre, Ilana LÖWY parle d’un néo-patriarcat à travers lequel l’homme domine la femme de manière anonyme hors mariage (pensions alimentaires, garde des enfants, etc…).

Le concept de complémentarité n’est qu’une autre manière pour les femmes de faire l’autruche face à leur vrai situation dans le couple. Les hommes qui la prônent, quant à eux, vont sur une logique hypocrite. Ne voulant pas plaider l’égalité, ils plaident la complémentarité sans pour autant changer les inégalités. Ce concept permet de vivre dans un couple imaginaire dans lequel on pense tenir un rôle approprié, inhérent à notre sexe, et qui est en parfait équilibre avec le rôle de l’autre. Mais le couple réel dans lequel on vit est parsemé d’inégalités dans les efforts personnels et professionnels, mais surtout il fait totalement abstraction du potentiel de chacun. La complémentarité devrait se faire entre individus, et non entre les sexes.

7 réflexions sur “La complémentarité entre les Sexes: une arnaque en tout Genre

  1. Je pense que la complementarite entre les sexes est inculquee dans l’education recue. Dans notre societe ici,la femme est symbole de douceur,de conseil spirituel, un genre de guide de l’ombre de l’homme.Tandis celui-ci est l’equibre et doit pronner l’equite (lol) et tout le tralala…mais il en est rien malheureusement.Il est quand meme impossible que la femme puisse s’epanouir dans de tels cas deja si elle minimise ses capacites a etre meilleure face aux hommes qui ne peuvent le concevoir surtout dans un domaine pre-etabli leur. Pour une femme viser haut reste encore peu tolerable malheureusement et l’on pourrait lui soufler que ca pourrait nuire a sa vie de couple. J’ai aime lire l’article, tres instructif.

  2. Le sujet « complementarité entre les sexes » est très interessant et très pertinant, bien essayé El Dounia :).
    Cependant l’article ne m’a convaincu que  » la complementarité des sexes est une arnaque en tout genre ».
    L’article porte en grande partie sur la société occidentale meme si dans l’ introduction on voit plus une société africaine
    Dans beaucoup de paragraphes, j’ai l’impression de lire du « deja dit  »
    J’aurais bien aimé que le sujet soit traité avec plus de profondeur ou traité differement en parlant de sa propre expérience par exemple…
    Qu’en ai t il de l’égalité des sexes alors?

    • Chiche, je n’ai pas pour prétention de purement inventer des théories. Encore heureux que je répète et complète ce qui a été dit via des travaux au lieu de me hasarder sur des affirmations gratuites. Mes propres expériences n’ont rien à faire ici, sauf si elles font partie d’une étude.
      Le challenge était de rendre l’article fluide et accessible à tout public en évitant de le charger des résultats des observatoires sur « le travail invisible », de l’égalité des chances et l’orientation professionnelle, mais surtout de la grande influence du rôle attribué à la femme, dans la vie privée, sur sa place dans la vie publique.

  3. la complémentarité est utilisé surtout par les hommes qui se veulent modernes, civilisés qui ne veulent pas exposer leurs idées du mâle dominateur, celui dont l’épaule a servi à créer la femme. Et il y a toujours de femmes pour suivre les hommes dans leur recherche du confort dans le couple. On pourrait essayer de les comprendre en nous disant qu’elles sont elevées pour s’accepter ainsi.

    • Bien dit faty. Il existe bien une complémentarité au sein d’un couple et d’une famille. Mais qu’elle soit basée sur les sexes est une illusion et cela fait violence aux capacités propres de chacun. Je ne pense pas qu’il soit judicieux d’essayer de les comprendre car justement le danger est que les codes sont reproduits par les petits garçons et les petites filles. Comment laisser ces derniers s’épanouir si on leur donne des moules sans leur avis?

      • Aram ce que Ilana Lowy expose dans son essai, je retiens un passage assez significatif autour duquel des questions se posent a moi  » les hommes et les femmes continuent à se percevoir eux-mêmes comme dotés de qualités et d’attributs très différents en application de la règle de l’hétérogamie : une femme recherche un homme de statut égal ou supérieur au sien ; un homme recherche une femme de statut égal ou inférieur au sien  » ; es-ce là une reproduction des codes établis ou prédéfinis et par qui? de ceux enfermés dans les « moules »?

      • Les moules ont été établis par les sociétés patriarcales, et cela peut importe la région géographique. La reproduction de l’hétérogamie par les femmes est volontaire de nos jours, mais elle été créée et voulue par les hommes. Le développement de toutes les sociétés du monde a exploité les femmes en les excluant des principaux métiers, de l’éducation, ou des emplois bien payés. Elle ne dépendaient que de leurs parents, puis de leur époux. C’était un cul de sac, d’où l’importance du statut de l’homme et la considération d’un bon parti. Il a fallut des décennies pour casser ce cordon pour certains pays, et là encore ce que je dis est très relatif. Aujourd’hui, le retard est tellement grand qu’il est difficilement rattrapable, mais surtout il reste ancré (même si il change). Mais les femmes enfermées dans l’hétérogamie ont souvent le même parcours d’après les enquêtes des sociologues; elles ont un parcours scolaire bref et aspirent à vite construire une vie de famille. Les jeunes actifs (ou de milieu aisé), hommes et femmes, qui gagnent bien leur vie ont tendance à chercher un partenaire du même age et d’un niveau professionnel au moins similaire.

        L’hétérogamie n’est pas une mauvaise chose en soi, car les apports de l’homme peuvent accroitre le capital du couple et de la famille, dans la mesure ou la réalité du monde du travail à plus tendance à exclure les femmes (plafond de verre); et là on revient en face d’une société qui crée les conditions de cette hétérogamie <== encore un piège

        Les femmes ayant même réussi une brillante carrière, conservent cette hétérogamie par pression sociale ou pour sauver le couple.Il en vient difficile pour certaines femmes de s’admettre « meilleures « que leur époux, une affirmation qui risquerait de mettre en danger l’équilibre du couple fondé sur une reconnaissance de la supériorité masculine et sur le déni de la femme dans sa construction. Par ailleurs, une réussite « excessive » de la femme, notamment dans un domaine réputé masculin, risque de dévaloriser son partenaire; du coup la femme essaye de compenser et s'investissant bcp plus dans la maison. Dans le fond, elles essayent de satisfaire l'égo de l'homme.

        Mais idrissa, je pense que le meilleur exemple est la marginalisation des afro-américains. La ghettoïsation des noirs à créé une fossé énorme avec les blancs dans les rôles politiques et économiques des société américaines. le fossé est énorme. seuls certains métiers leur étaient réservés (d'autres carrément interdits). Il était inconcevable de voir des noirs dans des postes de cadres et à responsabilité. et bonjour les arguments basés sur la couleur de peau et les caractéristiques liés aux noirs. aujourd'hui ça change parce qu'on apprend aux enfants que leur couleur de peau n'est pas déterminant de leur rôle dans la société. être noir ne veut pas dire finir vigile, ou dealeur de drogue, vivre à harlem, ou portier. on a une société(de blancs) qui publie cette image marginalisante des noirs dans les films, dans les pubs, dans les discours alors cela influe sur le choix des enfants (blancs et noirs). Il doit en être de même pour le sexe. Il ne doit pas définir le rôle social.

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