« La femme africaine sera toujours soumise à son mari. Et c’est très bien ainsi! »

2_femmesEh oui, voilà bien une triste réalité. La femme africaine, dans tout son être et son utérus, n’est destinée qu’à la soumission de l’homme qui lui sert d’époux. Je peux déjà sentir les zones négatives et éclairs que certains d’entre vous me lancent, mais rassurez vous, cette phrase n’est pas moi. Elle provient d’une femme (ce qui à mon sens est pire), N’Douré M’Bam Diarra, présidente de la Ligue des Droits de l’Homme pour le Mali. J’espère pour les maliennes qu’elle ne l’est plus. Je suis tombée sur ces propos qui datent quand même (années 90 il me semble) mais j’ai trouvé opportun de les analyser.

La femme africaine sera toujours soumise à son mari. Et c’est très bien ainsi! Ça ne me dérange pas du tout (…) Cela fait partie intégrante de la culture africaine.

Lorsque j’ai lu la phrase. Je l’ai d’abord trouvé stupide. Puis j’ai penché la tête essayant d’en sortir quelque chose de concret… rien à faire, je la trouvais aussi stupide qu’au premier contact. Je ne sais pas si c’était le contraste entre le contenu de la phrase et le poste de son auteure qui me laissait perplexe. Puis j’ai penché une fois de plus ma tête pour étudier de plus près cette position.

J’aimerai me concentrer sur ce que cette femme estime être la « culture africaine ». Cette culture africaine qui fait de la femme un objet à la merci du mari, de l’homme. Il n’est pas juste, ni judicieux de dire que cette soumission soit de « culture africaine », mais plutôt de système patriarcal.  Pourquoi ? Parce qu’il s’agit d’un phénomène mondial qui s’est toujours dupliqué dans de nombreuses sociétés sans que ces dernières ne s’influencent les unes sur les autres. Le fait qu’il est disparu ou qu’il est été atténué dans quelques sociétés ne doit pas laisser croire qu’il n’y avait jamais existé. Il était tout aussi identique dans la « culture européenne » et « américaine » que la femme soit la soumisse de l’homme. Je parle de soumission au sens premier du terme.

Article 1124 du Code civil de Napoléon: Les personnes privées de droits juridiques sont les mineurs, les femmes mariées, les criminels et les débiles mentaux.

Cet ancien article est un bel exemple de la condition des françaises au 19ème. Être classées au même niveau que les criminels et les débiles mentaux était tout simplement normal et « culturel ». À cette époque, les femmes étaient sous l’autorité de leur père lorsqu’elles étaient célibataires. Une fois mariées, c’était leurs maris qui avaient autorité sur elles, étant considérées comme des citoyennes de seconde zone. Elles n’avaient pas accès à l’enseignement supérieur, ou encore exercer une activité professionnelle hors du foyer. A vrai dire, il était préférable pour elles de rester célibataire que d’être mariées.

Chez les ricains, ce n’était pas mieux non plus (quoique avec de meilleures améliorations). À la même époque, les femmes subissaient le même statut de citoyenne (je ne pense même pas que l’on puisse parler de citoyenneté). Sans trop parler je vous renvoie à la célèbre série Dr. Quinn, Medicine Woman. L’histoire de la Doctoresse Michaëla Quinn qui cherche à exercer son métier de médecin avec toutes les difficultés de genre auxquelles elle doit faire face.

Maintenant, réalisons un petit voyage dans le temps. Imaginons-nous (nous femmes du 21ème siècle) téléportées dans ces sociétés occidentales d’un temps qui n’accordaient aucune place à la femme. Et allons dire à ses femmes qu’elles peuvent être indépendantes de leurs maris, qu’elles peuvent étudier au même titre qu’un homme, qu’elles peuvent contrôler leur sexualité et offrir un monde meilleur à leurs petites filles. Deux groupes se dévoileraient à nous. Un premier groupe, composé de la quasi-majorité des femmes, va nous rire au nez et nous rappeler que nous rêvons, que cela n’est pas possible car ce n’est pas la réalité et que cela ne changera jamais. L’idée même de ce que nous leur aurons proposé serait inimaginable pour elles. Cela est normal car elles sont dans une société qui a bâtis des codes, des rôles et leur a attribué les pires ou inexistants qui soient. Elles nous diraient : « c’est partie intégrante de notre culture, notre place est au foyer ». Un second groupe, plus minoritaire, nous répondrait : « bien sûr, nous savons que c’est possible et nous nous battrons pour que cela se réalise ». C’est la lutte et l’acharnement de ces minoritaires du second groupe qui a permis l’émancipation de la femme à travers le monde.

La « culture africaine » n’est pas immuable

Les civilisations et les peuples n’évoluent pas au même moment, ni de la même manière. L’important est qu’elles évoluent. Rien n’échappe au changement, l’Afrique n’est pas une exception. Ce sont ces femmes du second groupe minoritaire qui ont fait bouger les choses de part le monde. Chaque société, à un instant T, a possédé ce groupe minoritaire qui a rependu ses idées, renforcer sa lutte afin de changer une situation qui s’était tellement ancrée dans l’esprit des oppresseurs et des opprimés que ce changement a bouleversé toute la société.

Remontez le temps, et allez dire aux noirs victimes de la ségrégation raciale qu’un noir peut être président des États-Unis d’Amérique, ou aux victimes des régimes totalitaires qu’une démocratie est possible. Ils vous prendraient pour un fou. Pourtant aujourd’hui c’est le cas. Nous avons un noir à la tête des États-Unis d’Amérique, ainsi que de nombreux pays démocratiques.

Entendre des femmes, qui se disent intellectuelles, justifier le statut inférieur de la femme est bien triste. Mais on ne peut pas leur en vouloir (quoique juste un peu). La liberté d’expression permet de faire un monde de tout, hélas.

Femmes d’aujourd’hui, vos futures petites-filles réaliseront, un jour, un voyage dans le temps pour vous rendre visite. Elles vous diront : «  grand-mère, le monde dans lequel je vis m’opprime. Mamie, tu étais dans quel groupe toi ? ».

Je laisse à chacune la liberté de répondre.

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6 réflexions sur “« La femme africaine sera toujours soumise à son mari. Et c’est très bien ainsi! »

  1. Je pense qu’une femme doit être "soumise" intelligemment : je n’aime pas trop ce mot de soumission qui réellement signifie qu’on renonce entièrement à soi au profit d’autrui. La femme n’est pas une chose !
    Déjà, il faut trouver l’homme qui nous correspond (celui avec lequel on sera vraiment très bien compatible, en totale harmonie), et puis il faut le RESPECT MUTUEL : Le mari doit absolument prendre en considération les souhaits et les paroles de sa femme, son épouse est sa 1ère conseillère. Il ne doit pas la frapper mais discuter avec elle, en bonne intelligence, et éviter de faire intervenir des tierces personnes pour régler leurs problèmes de couple. Le couple et le Mariajaselia@yahoo.frge c’est 2 personnes, pas plus. Si l’harmonie est réellement là, la femme sera "soumise" naturellement, sans se renier. Elle privilègera l’avis de son mari qui en réalité sera d’abord son avis, donc leurBibiche
    avis commun et là on peut parler de complémentarité. Une femme intellectuelle et qui gagne plus que son mari, ne doit pas lui dire et lui répéter 100 fois qu’elle est plus "riche" que lui, etc. Chacun doit rester à sa place : l’attitude du mari est déterminante ! S’il ne la respecte pas, il n’y aura pas de réelle entente, sur aucun domaine que ce soit… Si l’homme est un soulard, ça laisse perplexe, quand il insulte et frappe sa femme. Si une femme accepte ce genre de comportement excessif et intolérable de son mari, elle ne se respecte pas et ne sera jamais heureuse avec ce mec là !!!! Les femmes sont indépendantes maintenant, et ont été à l’école : elles savent utiliser leur Cervelle et ça énerve beaucoup d’hommes africains très dominateurs.

  2. Pingback: Les seins comme moyen d’expression: quel féminisme pour quel pays? | El dounia

  3. Bonsoir;
    Pertinente comme toujours, enfin quand je dis toujours c’est pour dire au moins les trois années passées ensemble au Lycée. Le Lycée justement, tu ne te souviens peut être pas, mais j’étais déjà un "ni, ni". Ni pour la parité ‘via "l’émancipation", ni pour la supériorité (car contre la domination de l’un(e) sur l’autre). Eh bien ça n’a pas beaucoup changer: je trouve tout simplement que c’est une aberration de vouloir faire une comparaison. Pour moi c’est juste une relation de complémentarité qu’il doit y avoir entre l’homme et la femme (entre la femme et l’homme pour qui préférerait l’autre sens): rien de plus, rien de moins!!!

  4. Alors là je reste bouche bée et après lecture je reste encore sous l’effet de tes mots. ….une fois "revenue" de cette lecture je ne peux qu’applaudir et approuver.
    L’exemple du président est excellent.
    Et je suis encore choquée qu’à une époque la femme ai pu être relégué au même rang que les criminelset débiles mentaux.
    Ceci dit les femmes ont eu beaucoup de progrès concernant leur droits. ..il faut reconnaître à celles qui se sont battues dans le passé pour nous enlever ces chaînes tout le mérite.
    Nombreuses sont celles qui ne se rendent même pas compte que ce qu’elles vivent aujourd’hui comme un acquis et une banalité ne l’était pas il y a quelques années.
    En lisant le début de ton article et le titre je m’attendais à une suite un peu "hargneuse" mais j’apprécie ta réflexion calme et posée. …pourtant forte et percutante.
    Bravo! J’adore ton article et bonne continuation.

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