La complémentarité entre les Sexes: une arnaque en tout Genre

thumbnail.phpDepuis les récents bouleversements qui ont considérablement amélioré le statut des femmes, on entend beaucoup parler de complémentarité entre les deux sexes; entre l’homme et la femme. Quoi de plus magnifique que cette sacro-sainte complémentarité au sein du couple. L’homme et la femme seraient complémentaires à tous les égards. Chacun avec un rôle prédéfini et pré-établi par la société, euh les hommes je voulais dire.

Cette complémentarité rendrait les femmes plus aptes aux taches familiales et domestiques; bref de tout ce qui relève du care ( du prendre soin). Bien sûr, les femmes ont le droit de faire des études et de travailler. Nous sommes au 21ème siècle tout de même, on accepte que les femmes puissent avoir un emploi. Cependant, il ne faut pas que ce boulot viennent interférer avec sa vie familiale. Pas d’heures sup à faire, pas de travail de nuit, pas de déplacement ni de promotion, ou encore moins de travail à ramener à la maison…..bah oui c’est logique car sa priorité première doit être sa famille.

L’homme, en ce qui le concerne, participerait aussi à cette complémentarité. Son rôle serait avant tout financier, protecteur, et autoritaire. L’homme prend en charge la famille, tout en y accordant le moins de temps. Il a droit à une meilleure carrière que son épouse, peut se permettre d’accepter des affectations qui boosteraient sa carrière professionnelle. L’homme prend aussi les décisions (certes il en parle à sa femme, mais c’est lui qui décide très souvent pour la famille). Tous les efforts financiers qu’il fait sont en quelque sorte récompensés par une entière prise en charge affectueuse à son égard.

Ces rôles, une fois respectés et combinés, seraient à la source d’une parfaite harmonie au sein d’un couple. C’est sur ces bases que la famille devrait être construite. Hommes et femmes s’auto-persuadent qu’aucun n’est soumis à travers cette complémentarité, et que les sexes y restent égaux. Il s’agit d’un idéal, et absolument pas de discrimination……..alors elle est où l’arnaque ?

L’illusion d’une harmonie

Penser qu’accorder des rôles prédéfinis en fonction du sexe serait source d’harmonie est tout à fait illusoire. Pourtant, beaucoup d’hommes, qui se targuent de défendre les droits de la femme, font les louanges de cette complémentarité sans se rendre compte de l’influence de leur subconscients machistes. Les femmes aussi nourrissent aisément ce concept en précisant qu’il ne s’agit pas de discrimination, et justifiant qu’elles ne sont pas défavorisées. Pourtant, la complémentarité entre les sexes ne se distingue pas des discriminations faites à l’égard des femmes et même des hommes. Au contraire, elle vient la justifier……là voilà l’arnaque !

Aujourd’hui, ce concept de complémentarité est tout aussi justifié que le furent toutes les discriminations flagrantes à l’égard des femmes; l’interdiction d’avoir accès à certains métiers, à l’éducation, à la parole, au vote, sur le simple fait qu’il s’agit d’une femme et que ses prédispositions naturelles la rendait inapte à ces taches. Au nom de la complémentarité, on établi des rôles prédéfinis qui vont dans le même sens; seul le discours change. On dira moins qu’une femme n’a pas le droit d’embrasser telle ou telle branche de métier par exemple, mais qu’il sera dur de la concilier avec une vie familiale. Mais le résultat sera le même, elle n’embrassera pas cette branche de métier. D’où l’existence de métiers (souvent à mi-temps et sous payés) dans lesquels les femmes sont prédominantes. Même les femmes qui arrivent tout de même à embrasser une forte carrière, devront redoubler d’effort sur le plan familial en fournissant des services à la maison. L’objectif étant de paraître "femme" afin que l’autre puisse se sentir "homme". Enfermer les hommes et les femmes dans des moules n’est que le prolongement des rôles sociaux qui ont toujours été à la source de discriminations, et les incidences vont bien au delà du couple. La popularité de cette complémentarité influe aussi sur les choix de carrières des jeunes filles et même des jeunes garçons. Les unes et les autres, chercheront à embrasser les métiers réputés plus répondre à leur code génétique, qu’a leur propre potentiel ou désir.

Le divorce, une révélation

Je pense que certains d’entre vous se disent que tant que ces femmes ont fait ce choix, tout va bien. En effet, la recherche d’une harmonie au sein d’un couple est parfaitement compréhensible, elle est même fortement souhaitable. La répartition de rôles est le meilleur moyen d’avoir un travail organisé. Cependant, baser cette complémentarité sur des rôles dits masculins et féminins est assez dérangeant. La complémentarité entre les sexes, c’est comme les théories macroéconomiques. C’est très joli sur le papier, mais dans la réalité ça ne marche que si tout le monde respecte les règles et dans le meilleur des mondes. Après la maitrise de la sexualité, le divorce a été très révélateur de la situation des femmes dans les couples.

Dès les années 70, la généralisation du divorce a mit en exergue les conséquences de la pseudo complémentarité entre les sexes. Le cout du travail domestique effectué par les femmes et le sacrifice fait pour la famille fini par les rattraper. Pendant la vie conjugale, l’homme et la femme n’accumulent pas les même apports socio-économiques. On la bien vu, la femme est plus appelée à prendre des risques professionnels ou à sacrifier sa carrière; des décisions faciles à prendre dans le mariage car on est dans l’illusion de la complémentarité. Ces décisions ne passent pas pour de la discrimination, mais pour un partage égalitaire et/ou complémentaire des ressources (financières pour l’homme, humains pour la femme). Or, lorsque le couple se rompt, le verdict tombe. À ce titre, Ilana LÖWY parle d’un néo-patriarcat à travers lequel l’homme domine la femme de manière anonyme hors mariage (pensions alimentaires, garde des enfants, etc…).

Le concept de complémentarité n’est qu’une autre manière pour les femmes de faire l’autruche face à leur vrai situation dans le couple. Les hommes qui la prônent, quant à eux, vont sur une logique hypocrite. Ne voulant pas plaider l’égalité, ils plaident la complémentarité sans pour autant changer les inégalités. Ce concept permet de vivre dans un couple imaginaire dans lequel on pense tenir un rôle approprié, inhérent à notre sexe, et qui est en parfait équilibre avec le rôle de l’autre. Mais le couple réel dans lequel on vit est parsemé d’inégalités dans les efforts personnels et professionnels, mais surtout il fait totalement abstraction du potentiel de chacun. La complémentarité devrait se faire entre individus, et non entre les sexes.

Vote VOW Initiative for the #HeroGoody# Awards

aramatoulaye:

Une initiative qui le mérite largement

Originally posted on Voice of Women Initiative (VOW):

Hello VOW Family

Greetings from Rose, Aya and Delphine

We are very happy to inform you all that Voice of Women Initiative has been nominated for the Hero Goody Award of the Month by DearTayrin Inc in the United States of America.
 
DSC_0035For the past months, VOW Initiative has been working closely with different young people and women’s group to amplify the voices and efforts of women in Cameroon and different communities to promote social justice. We have encouraged connectivity and solidarity through our blogs and articles detailing the different experiences of women from different parts of the world. We have also organised support systems for Rape Victims through the ever Amazing works of our incredible volunteers and change makers.
Raising awareness on difficult topics such as violence, abuse and social discrimination has not been the easiest of task for VOW Initiative but we are glad to say that it has…

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Empêcher à la femme d’être une femme: Cas du Cameroun

Tu n’auras point de seins. Dites cette phrase à une femme et elle vous regardera avec un air incompris. Comment une femme ne devrai-t-elle pas avoir de seins? Cela ne serai pas contre-nature? Si avoir des seins vous semble comme la chose la plus normal pour une femme, laissez moi remettre vos pensées en cause en vous emmenant faire un tour au Cameroun à la découverte du "repassage des seins".

Au Cameroun, et dans bien d’autres pays en Afrique, mais principalement au Cameroun, cette pratique est le supplice d’une fille sur 4. Il s’agit d’un "massage" particulièrement douloureux de la poitrine féminine afin de ralentir au maximum sa croissance. Le but final étant d’éloigner la fille de toute tentation sexuelle et attirance vis-à-vis des hommes.

Dès la première apparition des seins, signe majeur d’une puberté proche ou déjà accomplie, les mères, grand-mères et matrones du village se livrent à cette pratique sur les jeunes filles. La technique est aussi horrible que la stupidité de sa justification. Les instruments utilisés peuvent être des pierres ou encore des gros morceaux de bois qui viennent écraser au maximum la poitrine naissante de ces filles. Le pire, c’est que ces instruments sont chauffés et brûlants. Une victime offre son témoignage à afrik.com

Un jour, ma mère m’a appelée et elle a commencé à me masser les seins avec une pierre chauffée dans le feu. Elle avait un chiffon pour ne pas se brûler et a posé la pierre brûlante sur moi. Elle disait qu’il fallait que la pierre soit bien chaude pour casser le ‘noyau’ qu’il y a quand les seins poussent. Ça faisait très mal. Quand elle massait, je criais tellement que les voisins venaient voir ce qui se passait dans la cuisine.

Cette vidéo très explicite met en scène la méthode utilisée, même si la réalité est bien pire.

Pourquoi ?seins_presses2

Le repassage des seins vient gonfler le bloc des mutilations faites aux femmes. Surtout de ces mutilations faites aux femmes par des femmes. L’origine n’est pas religieuse ou culturelle. Il n’y a aucune initiation à la vie de la femme qui justifie cette pratique. À vrai dire, le peu d’experts penchés sur la question ne peuvent dire que la volonté est surtout sociale. Dans beaucoup de sociétés où les discussions liées au sexe sont tabou, les mutilations, interdits et autres discriminations sont monnaie courante. Très souvent les filles et les femmes en sont les première victimes.  Les mères essayent de protéger leurs filles des hommes, des grossesses non désirées et de la débauche. Trop lâches pour s’en prendre aux hommes, elle trouvent la solution en s’en prenant au corps de leurs filles. Plus le corps sera moins féminisé, en d’autres termes plus il sera mutilé, moins leur filles seront dans le viseur des hommes. Pourtant la réalité est bien différente car il n’a pas été prouvé que cette pratique retardait l’activité sexuelle des filles ou qu’elle réduisait les grossesses non désirées. Les filles ayant contracté des grossesses non désirées dès leurs jeunes âges avaient-elle toutes des poitrines bien fières et bien matures? J’en doute.

Une pratique sous silence

Contrairement à l’excision dont la connaissance et la lutte sont bien vulgarisées, même au delà des frontières africaines, le repassage des seins reste encore sous silence. Pourtant le mal physique et psychologique sont bien présents. C’est dans le silence que les atrocités sont accomplies, mais surtout qu’elles perdurent à travers les générations. Le repassage des seins est contre nature. Ces victimes sont amenées à ne pas aimer leur corps, un corps qui s’affirme naturellement. À refouler leur condition de femme en devenir. Pourquoi empêcher à une femme de devenir une femme ?

Des campagnes s’élèvent de plus en plus pour lutter contre cette pratique. Mais comment en vouloir à ces mères qui ne font que répéter sur leur fille l’éducation dont elles ont été aussi victimes. C’est la raison pour laquelle les méthodologies actuelles cherchent à combler ce fossé. Elles ont pour armes principales la sensibilisation, la communication entre les parents et les enfants, mais aussi la scolarisation des filles. C’est dans la vulgarisation de ces mutilations que le changement pourra s’opérer. Le combat est long certes, mais tant qu’il existera des associations qui travaillent d’arrache-pied afin de faire reculer ces mutilations.

Les seins comme moyens d’expression: quel féminisme pour quel pays?

Amina c’est plus qu’un prénom, c’est une jeune fille de 19ans qui fout, je dois l’avouer, un sacré bordel, en Tunisie depuis quelques mois.

Les faits de l’espèce : Mars 2013, cette lycéenne crée une page facebook « Femen Tunisian Fanpage ». Cela fait d’elle la première FEMEN de Tunisie. Ensuite, elle envoie une photo d’elle au FEMEN, un groupe contestataire féministe basé en Ukraine. Seins nus, créant ainsi une véritable polémique en Tunisie et dans le monde.

amina-femen-tunisieAvec un maquillage pin-up, un rouge à lèvres d’actrice des années 50, elle prend la pause, une cigarette à la main. Sur son corps, elle arbore une inscription traduite de l’arabe : « Mon corps m’appartient et n’est l’honneur de personne ». Elle a l’air très sûre d’elle, et ses poses font fortement penser à Uma Thurman dans l’affiche du film Pulp Fiction. La tunisienne ne se limite pas là. Elle tag "FEMEN" sur le muret d’un cimetière. Cela conduit à son interpellation le 19 mai à Kairouan. Elle risque six mois de prison pour détention d’un spray d’auto-défense, ainsi que deux ans d’emprisonnement pour profanation de cimetière.

Dans cette Tunise qui panse encore les plaies laissées par le règne du tristement célèbre Ben Ali, le geste d’Amina est considéré comme une provocation et une insulte. Elle se voit bannie de tous les Lycées et subi un acharnement politique.Je ne vais pas m’amuser à vouloir juger le geste de cette jeune fille, mais parlons plus de la méthode qui a été employée par la jeune FEMEN.

Tout le monde connaît la méthode de protestation des FEMEN. Ces femmes se mettent topless dans la rue et crient fort leurs idées sur la libération de la femme jusqu’à ce que la police vienne les embarquer. Elles ont le don de choquer, on peut leur accorder cela, avec des slogans tels que « Fuck your morals » ou encore « Fuck religion ». Lorsqu’elles opèrent en Europe (sauf en Russie), on peut dire que leurs méthodes choquent, certes, mais les citoyens européens commencent à s’y habituer et elles s’en sortent avec des amendes ou des peines de prisons avec sursis.

 Les seins, une arme?

Mais pourquoi se mettre topless ? Elles ne pourraient tout simplement pas faire comme les anarchos-syndicalistes qui brillent par leur aptitude à foutre le bazar partout où ils passent ? Non, pour les FEMEN, la libération du corps de la femme est la pierre angulaire de leurs idées. Cette libération prend ses sources depuis les années hippies. En fait, il s’agissait plus précisément du mouvement de libération des seins. Ce mouvement était composé d’activistes qui militaient pour que les femmes aient le même droit que les hommes de se mettre buste nu sans être arrêtées pour atteinte à la pudeur. La libération des seins, et du corps de la femme aussi, est très importante dans les luttes pour les droits des femmes partout dans le monde. Il s’est illustré par le contrôle de la maternité, l’abolition des mutilations génitales, etc.. Ce mouvement apportait sa contribution à la désexualisation du corps féminin. La femme, dans tout son être a toujours été sexualisée. Cela traduit toutes ces imposition de la pudeur à la femme et pas à l’homme, des mutilations génitales afin de contrôler la sexualité des femmes avant même qu’elles ne deviennent femmes, ou encore le corps de la femme qui est en lui même tabou, source de tentation et qui doit être entièrement recouvert. Et c’est là que le « Fuck your morals » du FEMEN prend toute sa place. Aujourd’hui, et au delà de la désexualisation du corps féminin, les méthodes FEMEN veulent avant tout choquer et attirer un maximum d’attention sur leur revendication. Mais l’effet recherché peut être diffèrent. En Tunisie, tout comme en Russie d’ailleurs, elles ne sont pas vraiment les bienvenues.

Dans les sociétés conservatrices, les mouvements qui souhaitent révolutionner ces dites sociétés jouent le jeu stratégique de « chacun sa merde »

La première remarque qu’il faut noter c’est que Amina ne reçoit pas beaucoup de soutien, même pas de sa famille, hormis un timide soutien de son père et un autre plus explicite d’un oncle qui avoue admirer son courage. Sa tante la traite de déséquilibrée mentale. La société civile, même la plus progressiste de Tunisie reste muette. Seules trois FEMEN d’Europe se sont rendues en Tunisie pour soutenir la jeune fille en se mettant buste nu devant le tribunal. Bah, elles ont fini menottées et subissent aujourd’hui même leur jugement. Suite à cela, le cas d’Amina s’est aggravé.. Devant écoper d’une simple amende, les acharnement sur elle ont atteint leur paroxysme lorsqu’elle est aujourd’hui poursuivie pour association de malfaiteurs. Les malfaiteurs en question, ce sont les FEMEN.

Les Femen donnent un argument au gouvernement et aux islamistes qui caricaturent déjà les féministes en athées dévergondées, Elles ont aggravé la situation d’Amina, nous dit l’une des anciennes présidentes de l’association des femmes démocrates, Bochra Belhaj.

Son avocate et ancienne résistante au régime de Ben Ali confie :" Je soutiens Amina, mais je ne suis pas d’accord avec son moyen d’action. Dans notre société, si on veut défendre le droit des femmes, on doit prendre en compte l’état d’esprit des gens. La provocation est contre-productive".

Si Amina n’est pas soutenue, c’est parce que déjà beaucoup ne comprennent pas son geste, et surtout les mouvements et associations ne veulent pas prendre partie pour pas que cela fasse régresser leurs causes. En d’autres termes : "Amina, t’es mignonne, mais démerdes-toi ».

Le cas d’Amina me fait penser à cette égyptienne, Aliaa Magda Elmahdy, une FEMEN qui avait posé nu pendant le printemps arabes pour dénoncer la violence, le racisme et le voile en Egypte. Ben pareil que Amina, aucun soutien sauf celui à l’international. Même le Mouvement de la Jeunesse du 6 Avril qui avait déclenché les révolutions arabes s’était officiellement désolidarisé d’elle. Le message était du genre : « Hey les mecs, nous on ne la connais pas cette meuf hein, elle est pas avec nous ».

Idem, à l’approche des années hippies, alors que l’homosexualité était encore considérée comme une maladie psychiatrique très souvent soignée par lobotomie, le lobbying gay et lesbienne se voyait refusé tout support de la majorité des mouvements de défenses des droits des femmes. Ces derniers œuvrant pour l’obtention des droits civiques pour les femmes,  ne voulaient en aucun cas être associés aux revendications homosexuelles afin que cela ne leur fasse pas perdre de la crédibilité. Mais ça, c’était avant.

Il n’existe pas de standard universel de revendications féministes

Montrer ses seins peut marcher dans certains pays. À ce titre, dans l’État de New York, les femmes ont parfaitement le droit de se promener topless sans être arrêtées. Et pourtant, d’autres États et pays d’Europe prohibent la nudité des seins pour les femmes, même à titre de moyen d’expression.

Le FEMENisme tend dès fois à la néo-colonisation. Ce groupe a fait une fixation sur la haine des religions et les seins comme moyen d’expression. C’est ainsi, et pas autrement que l’on changerai une société en faveur des droits des femmes. Pourtant il est nécessaire de contextualiser car comme je l’ai toujours dit: les civilisations et les peuples n’évoluent pas au même moment, ni de la même manière. L’important est qu’elles évoluent. Toutes les femmes du monde n’ont en commun que leur sexe, les armes qu’elles possèdent varient fortement d’un point de la terre à un autre. Les seins peuvent-ils être utilisés comme moyens d’expression dans la société tunisienne d’aujourd’hui? Le silence de cette société face au geste d’Amina est assez révélateur.

« La femme africaine sera toujours soumise à son mari. Et c’est très bien ainsi! »

2_femmesEh oui, voilà bien une triste réalité. La femme africaine, dans tout son être et son utérus, n’est destinée qu’à la soumission de l’homme qui lui sert d’époux. Je peux déjà sentir les zones négatives et éclairs que certains d’entre vous me lancent, mais rassurez vous, cette phrase n’est pas moi. Elle provient d’une femme (ce qui à mon sens est pire), N’Douré M’Bam Diarra, présidente de la Ligue des Droits de l’Homme pour le Mali. J’espère pour les maliennes qu’elle ne l’est plus. Je suis tombée sur ces propos qui datent quand même (années 90 il me semble) mais j’ai trouvé opportun de les analyser.

La femme africaine sera toujours soumise à son mari. Et c’est très bien ainsi! Ça ne me dérange pas du tout (…) Cela fait partie intégrante de la culture africaine.

Lorsque j’ai lu la phrase. Je l’ai d’abord trouvé stupide. Puis j’ai penché la tête essayant d’en sortir quelque chose de concret… rien à faire, je la trouvais aussi stupide qu’au premier contact. Je ne sais pas si c’était le contraste entre le contenu de la phrase et le poste de son auteure qui me laissait perplexe. Puis j’ai penché une fois de plus ma tête pour étudier de plus près cette position.

J’aimerai me concentrer sur ce que cette femme estime être la « culture africaine ». Cette culture africaine qui fait de la femme un objet à la merci du mari, de l’homme. Il n’est pas juste, ni judicieux de dire que cette soumission soit de « culture africaine », mais plutôt de système patriarcal.  Pourquoi ? Parce qu’il s’agit d’un phénomène mondial qui s’est toujours dupliqué dans de nombreuses sociétés sans que ces dernières ne s’influencent les unes sur les autres. Le fait qu’il est disparu ou qu’il est été atténué dans quelques sociétés ne doit pas laisser croire qu’il n’y avait jamais existé. Il était tout aussi identique dans la « culture européenne » et « américaine » que la femme soit la soumisse de l’homme. Je parle de soumission au sens premier du terme.

Article 1124 du Code civil de Napoléon: Les personnes privées de droits juridiques sont les mineurs, les femmes mariées, les criminels et les débiles mentaux.

Cet ancien article est un bel exemple de la condition des françaises au 19ème. Être classées au même niveau que les criminels et les débiles mentaux était tout simplement normal et « culturel ». À cette époque, les femmes étaient sous l’autorité de leur père lorsqu’elles étaient célibataires. Une fois mariées, c’était leurs maris qui avaient autorité sur elles, étant considérées comme des citoyennes de seconde zone. Elles n’avaient pas accès à l’enseignement supérieur, ou encore exercer une activité professionnelle hors du foyer. A vrai dire, il était préférable pour elles de rester célibataire que d’être mariées.

Chez les ricains, ce n’était pas mieux non plus (quoique avec de meilleures améliorations). À la même époque, les femmes subissaient le même statut de citoyenne (je ne pense même pas que l’on puisse parler de citoyenneté). Sans trop parler je vous renvoie à la célèbre série Dr. Quinn, Medicine Woman. L’histoire de la Doctoresse Michaëla Quinn qui cherche à exercer son métier de médecin avec toutes les difficultés de genre auxquelles elle doit faire face.

Maintenant, réalisons un petit voyage dans le temps. Imaginons-nous (nous femmes du 21ème siècle) téléportées dans ces sociétés occidentales d’un temps qui n’accordaient aucune place à la femme. Et allons dire à ses femmes qu’elles peuvent être indépendantes de leurs maris, qu’elles peuvent étudier au même titre qu’un homme, qu’elles peuvent contrôler leur sexualité et offrir un monde meilleur à leurs petites filles. Deux groupes se dévoileraient à nous. Un premier groupe, composé de la quasi-majorité des femmes, va nous rire au nez et nous rappeler que nous rêvons, que cela n’est pas possible car ce n’est pas la réalité et que cela ne changera jamais. L’idée même de ce que nous leur aurons proposé serait inimaginable pour elles. Cela est normal car elles sont dans une société qui a bâtis des codes, des rôles et leur a attribué les pires ou inexistants qui soient. Elles nous diraient : « c’est partie intégrante de notre culture, notre place est au foyer ». Un second groupe, plus minoritaire, nous répondrait : « bien sûr, nous savons que c’est possible et nous nous battrons pour que cela se réalise ». C’est la lutte et l’acharnement de ces minoritaires du second groupe qui a permis l’émancipation de la femme à travers le monde.

La « culture africaine » n’est pas immuable

Les civilisations et les peuples n’évoluent pas au même moment, ni de la même manière. L’important est qu’elles évoluent. Rien n’échappe au changement, l’Afrique n’est pas une exception. Ce sont ces femmes du second groupe minoritaire qui ont fait bouger les choses de part le monde. Chaque société, à un instant T, a possédé ce groupe minoritaire qui a rependu ses idées, renforcer sa lutte afin de changer une situation qui s’était tellement ancrée dans l’esprit des oppresseurs et des opprimés que ce changement a bouleversé toute la société.

Remontez le temps, et allez dire aux noirs victimes de la ségrégation raciale qu’un noir peut être président des États-Unis d’Amérique, ou aux victimes des régimes totalitaires qu’une démocratie est possible. Ils vous prendraient pour un fou. Pourtant aujourd’hui c’est le cas. Nous avons un noir à la tête des États-Unis d’Amérique, ainsi que de nombreux pays démocratiques.

Entendre des femmes, qui se disent intellectuelles, justifier le statut inférieur de la femme est bien triste. Mais on ne peut pas leur en vouloir (quoique juste un peu). La liberté d’expression permet de faire un monde de tout, hélas.

Femmes d’aujourd’hui, vos futures petites-filles réaliseront, un jour, un voyage dans le temps pour vous rendre visite. Elles vous diront : «  grand-mère, le monde dans lequel je vis m’opprime. Mamie, tu étais dans quel groupe toi ? ».

Je laisse à chacune la liberté de répondre.